Le pain dans la gueule du lion

 

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            Seul et enveloppé pas l’obscurité de l’aube, j’attendais sur la route principale du village le passage de l’un de ces taxis bleus qu’on ne trouve pas quand on en a besoin. Je regardais autour de  moi, je distinguais à peine le mur d’en face de la rue. Le silence de la nuit qui avait assez duré fut troublé par les aboiements lointains mêlés à des chants de coqs qui retentissaient de partout dans une harmonie sauvage.

           Brusquement un grincement périodique déséquilibra cette symphonie nocturne. A quelque mètres, une tache sombre se détacha du noir et grossissait au fur et a mesure qu’elle s’approchait. C’était un cycliste. Je vis sa silhouette tentaculaire quand il passait.

           C’étaient sans doute des branches de palmier qu’il transportait et qui pesaient lourdement sur le porte-bagage de sa bicyclette parce qu’il pédalait lourdement. La silhouette du cycliste se mêlait à la pénombre de l’aube.

          Curieux, je ne pouvais m’empêcher de me demander où cette homme partait- il à cette heure avec son fardeau du bois ? Quel était son métier ? Mes interrogations furent interrompues par le vrombissement d’un véhicule encore loin. Une seconde après, deux phares vifs qui s’approchaient à vive allure m’aveuglaient. Comme je ne pouvais pas reconnaître la couleur de la voiture, je faisais le signe habituel pour arrêter un taxi. Coup de chance, elle s’arrêta à la portée de ma main ; j’ouvrai la portière et je grimpai à l’intérieur.

       Après avoir roulé quelques centaines de mètres dans la direction du cycliste nocturne, le taxi doublait une masse déformée qui pédalait toujours péniblement. C’était le transporteur du bois qui prenait, juste après notre passage, le chemin de l’abattoir du souk hebdomadaire. Enfin ma curiosité fut satisfaite : c’était le mardi  et l’homme utilisait ces branches sèches pour griller les têtes de vaches et de moutons …

                                                                                     A.M.